Makotoshop Tattoo

Bienvenue dans notre studio de tatouage à Bruxelles, situé près de la Basilique de Koekelberg. Le Makotoshop vous offre une expérience unique. Depuis plus de 20 ans, nous privilégions une ambiance chaleureuse, loin des studios « usines », pour créer un espace de confiance où chaque client est accueilli avec attention et écoute par une petite équipe expérimentée. Ici, pas de foule ni de passage rapide : nous nous consacrons pleinement à vos projets, quel que soit le style ou la taille, que ce soit pour un premier tatouage ou une nouvelle pièce. En choisissant notre studio, vous optez pour l'expertise, la sincérité et une approche sur mesure, portée par deux passionnés: Sandra & Tako

Dernières réalisations

Vos témoignages

Au delà de la maîtrise, l'originalité, l'écoute, la finesse, une rencontre humaine extraordinaire. Allez-y et laissez-vous emporter sans modération.

Ngoc-Tuan Nguyen

Merci à vous deux pour ce beau moment où l'émotion était tel que j'en ai pleuré tellement tu as réussi à faire bien plus que mes attentes.... Une séance chez toi est toujours un moment magnifique de bienveillance de gentillesse et d' humour avec notre Sandra qui passe du rire à la bienveillance sans cesse❤️ vous formez une merveilleuse équipe et surtout on en ressort toujours aux anges et dans l'attente du prochain rendez vous ❤️

Stéphanie DESCHAMPS

Merci l'artiste Tako et merci pour votre gentillesse votre écoute et vos bons conseils 🥰😘😘

Véronique Soru

Je suis toujours admirative de voir comment il récupère un tatouage et le rendre magnifique

Josué Ylana Cath

Merci à vous ! Au-delà du tatouage, j’ai passé un moment d’une humanité trop rare !

SALVATORE MINNI

Ce fut un vrai plaisir et je suis très content du résultat. 🥰

THOMAS VANSTRAELEN

Ma toute première fois! Grâce à une équipe de "personnes bien", ce ne sera sans doute pas la dernière! Mieux vaut tard que jamais!Une première pour une cause qui me tient à cœur, que vouloir de plus ❤️. J'ai l'impression d'avoir apporté ma toute petite pierre à l'édifice. En route maintenant, puisque tout se passe bien, pour de nouveaux projets. Merciiiiiiii d'être vous et à bientôt 😍😍😍😍😍😍

Dominique.

Merci à vous, toujours un grand moment de passer au Makoto!

Simon Brennet

Merci pour cette belle action mais aussi la découverte d’une chouette équipe à l’écoute, disponible et professionnelle. J’en suis très satisfaite ☺️🎀🫶🏾

Davina

Je rejoins le commentaire de Davina, Belle découverte du salon et une équipe formidable à l'écoute et très professionnelle! Merci à vous pour cette action grâce à vous je soutiendrait cette cause à vie et j'ai ma belle sœur ancré dans la peau ❤️

Jennifer De Pauw

Génial! Terrible équipe! 💪

BENOIT PETERS

🥰 j'ai même trouvé la séance un peu courte. Plus l'habitude de longue seance🤣🤣🤣 vivement le prochain

Jessica Cicchini

Se faire piquer chez Makoto c’est surtout faire la rencontre de 2 personnes incroyablement sincère! Au bout d’une séance j’ai eu l’impression de vous connaître depuis toujours tellement l’échange est humain et remplit d’humilité! Merci pour ce que vous partagez au travers cet art! 🙏🏻

Christopher

Moi je dis un GRAND MERCI à une super équipe à l’écoute de ce qu’on veut comme tatouage. Un vrai plaisir de partager ces moments entre le client et l’artiste! 😊😊😊

Benoît Peters

Quand je parle de Tako, je dis "mon tatoueur". A jamais dans ma peau 😉😘

Yann Rieuneaud

Magnifique de loin un tatoueur hors pair

Céline Berges

Les meilleurs! Je ne retournerai plus jamais ailleurs 💖

Jessica Buyl

Ooh que oui une équipe formidable à l'écoute avec énormément de respect et de bonne humeur chaque moment passé avec vous est un moment de bonheur pour à la fin repartir avec un magnifique tatouage correspondant entièrement à nos attentes. Vivement le suivant 😉 et merci à la magnifique équipe que vous êtes🖤

Stéphanie Deschamps

Vous êtes exceptionnels tous les deux 😍 !!On commence avec un tattoo 🙈 on finit avec 3-4-5 😂 et ça c'est parce qu'on a une confiance aveugle en vous, du résultat époustouflant !! A force de venir, vous commencez à bien nous connaître ce qui permet de savoir déjà à l'avance ce qu'on attends de vous 😁 !!Vous êtes géniaux 😘 restez comme vous êtes !!

Nadège Calonne

Un moment suspendu passé avec vous pour mon dernier petit tatouage... Un tatouage chez vous, ce n'est pas juste un dessin, c'est un moment de vie partagé pour l'éternité 💖

Sandrine Marcotte

Vous êtes juste au top.Merci beaucoup.Vous donnez de l'émotion dans vos réalisations et pour ça MERCI❤️❤️

Céline Demarche

Encore un travail de qualité et d’imagination. Bravo Tako…👍

Francis D'Hondt

C’est magnifique comme travail. Quel chef-d’œuvre 🤩

Sigrid Deramaix

tes œuvres gravées sont toujours magnifiques! Bravo ça donne envie de ... revenir encore ;-)

Kathleen Schmitz

J adore , c est tout simplement magnifique

Gina

Au-delà de toutes les symboliques et du véritable côté artistique que l'on peut voir dans ces story, ce qui me touche le plus c'est le côté humain sous toutes ses formes que vous vivez au travers de votre passion, le tatouage. J'ai beaucoup de mal à vivre au sein de cette société qui est la nôtre mais je me surprends à "aimer" certaines personnes des qui la compose à travers ces témoignages. Bravo à vous deux de donner un peu de couleurs dans ce monde si sombre.

Thierry Pierrard

Il est top Tako, quel talent merci pour tout le travail effectué dans la joie, la bonne humeur et la bienveillance. Merci à vous.

Cicchini Jessica

Juste mortel!!! Super boulot!!!

Arnaud Goor artmetalworkshop

Wouah, mais on ne voit plus du tout celui d'avant! C'est trop bien fait, bravo!!!

Patricia Lemay

On est toujours content chez Tako!

Magalie Macherot

Merci à vous pour votre professionnalisme, votre bonne humeur, vos discussions. Votre salon c'est un cocon de douceur (bon ça pique un peu mais ça passe crème car vous êtes trop chouettes).

Myriam Ben Larbi

Merci à toi Tako pour ton talent et ta gentillesse, tu es un véritable artiste. A bientôt.

Cathy

Merciiiià vous deux, vous êtes au top!

Machiels Carine

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Chapitre 11 (2 ème partie): Les limites de la machine

Chapitre 11 (2 ème partie): Les limites de la machine

Je pris quelques jours de repos. Cela m’était déjà arrivé d’être tenu loin du studio par un virus ou un autre souci de santé. Très rarement. Et chaque fois revenait la même gêne, difficile à expliquer : rester chez moi en pleine journée me donnait l’impression d’être absent de l’endroit même où j’aurais dû me trouver. Comme si le repos n’était jamais tout à fait sans conséquences.Cette fois, pourtant, j’avais décidé de ne pas tricher avec l’avertissement.Je m’étais jeté à corps perdu. Il fallait le retrouver. Il fallait prendre ce temps. Restait à savoir combien.Pour moi, quelques jours de repos ne se comptaient jamais seulement en jours. Ils se transformaient vite en rendez-vous déplacés, en argent qui ne rentrerait pas, en heures qu’il faudrait reprendre plus tard. Je passai donc cette parenthèse au crible d’un calcul assez froid : m’arrêter assez pour récupérer un peu, mais pas au point de devoir payer cette récupération plus cher encore dès la reprise.Pendant une petite semaine, je laissai mon corps retrouver ses esprits et mon esprit reprendre corps.Un soir, assis en tailleur devant le journal parlé, je griffonnais l’esquisse d’un tatouage pour mes mains. Une amulette qui me rappellerait les promesses que je m’étais faites. Puis un reportage me sortit de mes recherches symboliques.Je me souviens qu’on y parlait du vieillissement et des pensions qu’on disait de plus en plus difficiles à garantir. Sur le plateau, un politique maniait la langue de bois pour se dégager de la question. Cela ne trompait pas grand monde. Le jour où j’en arriverais là, mieux valait ne pas compter  sur un système censé tenir pour moi. À vrai dire, je n’avais même pas besoin d’attendre la pension pour le savoir. Si je m’arrêtais, il n’y avait pas de filet.Je me sentais comme un funambule après une bourrasque, à la recherche d’un nouvel équilibre. D’un côté, mes obligations. De l’autre, mes moyens.Trouver cette stabilité, c’était accepter qu’il y avait une limite. Je venais d’en sentir une dans ma chair.« Continuer là où les autres s’arrêtent » me revenait en tête. Il fallait admettre que ce plus loin-là n’était pas infini.Malgré mon besoin de retourner piquer, je parvins à respecter la durée de ma pause. Le premier jour de la reprise, j’arrivai encore plus tôt que d’habitude. J’avais besoin d’être là avant tout le monde, seul à bord, pour fixer en moi ce que cette alerte avait dévoilé.J’allais devoir faire un choix.Je regardai autour de moi : le petit comptoir, le poste de travail avec son tabouret et sa lampe, puis la rue à travers la vitrine. J’étais dans mon antre. Il me fallait maintenant décider plus clairement de ses véritables contours.Tout ce que je possédais était là, devant moi. Rien en banque, pas de logement à moi, rien… sauf la richesse de faire chaque jour ce que j’aime. Cela m’avait suffi jusque-là. Cette fois, je comprenais mieux à quel point cette liberté pouvait être précaire, et cela m’obligeait à la prudence.Il me fallait désormais trouver une voie plus tenable. Mettre assez de côté pour payer la somme de départ qu’une banque exigerait avant de prêter le reste pour un petit logement, histoire de m’assurer au moins une base le jour où il me faudrait ralentir ou m’arrêter. Sous mon statut, je savais déjà que ni l’arrêt, ni plus tard la retraite, ne me laisseraient grand-chose sur quoi m’appuyer. Et, dans le même mouvement, tenir mes horaires d’une main plus ferme, pour ne plus laisser ma seule volonté défier les limites.Me mettre totalement à l’abri n’était pas possible. Pas avec le coût de mes choix. Je n’avais pas voulu créer un studio-usine. Je ne me voyais pas changer cela. Je ne prendrais pas le risque de m’enfermer dans une vie qui m’aurait éteint.Il me faudrait désormais avancer avec autant de patience que de détermination. Quitte à mettre des années à réunir la somme de départ exigée par une banque, je ne laisserais plus mon rythme repartir sans tenir fermement les rênes. De la patience, j’en avais.De la détermination aussi.Quelques mois suffirent pourtant à faire voler en éclats mes bonnes résolutions. Non par relâchement, mais au contact du réel. Semaine après semaine, mois après mois, les raisons valables de ne pas fermer le studio à l’heure s’avéraient aussi régulières que les échéances. Un jour, ce fut une réaction cutanée imprévisible qui m’obligea à sortir du cadre que j’essayais pourtant de tenir.J’avais tracé les contours d’un grand tatouage dans le dos d’un photographe de talent. Il appartenait à cette catégorie de créatifs chez qui le talent semblait déborder dès qu’ils posaient la main sur quelque chose. Le dessin, dédié à sa fille, était de lui. Il savait très précisément ce qu’il voulait, et cela me plaisait.Sa peau, lisse, fine, presque trop sage en apparence, semblait offrir une surface idéale pour le travail net qu’il attendait de moi. Ce n’était qu’une apparence. Quelques jours après la première séance, il revint. L’encre n’avait pas tenu régulièrement. Par endroits, le tracé avait mal réagi. Il devint vite clair que sa peau supportait mal l’impact de l’aiguille.Le laisser ainsi n’était pas envisageable. Ce dos ne pouvait pas rester en plan.Pour aller au bout, il fallut procéder autrement. Revenir, encore et encore, avec une extrême lenteur. Piquer peu. Laisser la peau reprendre. Revenir. Des dizaines de séances, parfois pour presque rien en apparence, simplement pour ne pas brusquer son épiderme. Un travail de fourmi que je ne pouvais pas me permettre pendant les heures d’ouverture.Les machines à bobines fonctionnaient comme de petits marteaux électriques. Le courant attirait une barre de métal, la relâchait, puis la rappelait aussitôt. De ce battement rapide naissait le va-et-vient de l’aiguille, avec ce bourdonnement sec et métallique qu’on reconnaît entre mille. On pouvait toujours ralentir la machine, mais arrivé à un certain point elle cessait simplement de tourner. Avant de pouvoir achever ce dos, il me fallut donc résoudre cela aussi : trouver comment travailler assez doucement sans que la machine s’arrête.À l’époque, presque tous les professionnels utilisaient ce type de machine. Le Barcelonais que j’avais rencontré à plusieurs reprises faisait partie des rares à travailler avec un autre système : les rotatives. J’en possédais deux moi-même, réservées au dotwork. Très légères, elles pouvaient donner l’illusion d’être plus douces. Il n’en était rien. Bien au contraire. La solution ne se trouvait donc pas là. Il me fallut chercher ailleurs.J’avais lu un ouvrage signé par un tatoueur français passionné par la fabrication des machines. Il appartenait à une famille de tatoueurs dont le nom circulait  dans le métier. Son objectif était de rendre les machines à bobines aussi douces que possible. Il y était parvenu. Quelques jours plus tard, il accepta de me recevoir chez lui, à Brive-la-Gaillarde, à huit cents kilomètres de Bruxelles. Une fois encore, mes résolutions cédaient devant l’appel du métier. Je devais y aller.En arrivant devant l’atelier, je ralentis sans vraiment m’en rendre compte. Ce n’était pas une boutique posée au rez-de-chaussée d’une rue commerçante, avec une vitrine faite pour attirer le passant, mais une vieille petite maison en pierre, dont la façade refusait de s’aligner avec les autres. Il y avait cette petite tour sur le côté, le toit sombre, les volets en bois, et cette entrée en retrait derrière une grille, comme si l’on devait d’abord être autorisé à passer avant de pouvoir entrer.L’enseigne accrochée à la façade semblait presque ajoutée après coup. Elle disait bien ce que le lieu était devenu, mais pas tout à fait ce qu’il avait été. Juste en face, un pont passait au-dessus de la Corrèze, cette rivière qui traversait Brive sans vraiment troubler le calme de la rue. Je m’étais attendu à autre chose, sans doute à un lieu plus évident, plus affiché. Je me retrouvais devant une maison ancienne, un peu fermée sur elle-même, où le tatouage semblait avoir pris place sans effacer ce qui l’avait précédé.J’avais cette forme de réserve qui ne venait pas de la peur des autres, mais d’une retenue devant les familiarités. Il ne s’agissait ni de méfiance ni de désintérêt. J’accordais seulement trop d’importance aux seuils, aux places, à ce qu’on ne franchit pas trop vite. Les années de dojo m’avaient laissé cette idée un peu raide qu’on n’entre pas dans un cercle comme on pousse une porte. Avec le temps, cela m’avait rendu peu disponible aux familiarités immédiates. C’était parfois maladroit. Je me retrouvai donc, pour le moins désappointé, à souper à la table familiale à peine une heure et demie après mon arrivée. Pour quelqu’un qui savait compliquer intérieurement les choses les plus simples, l’accueil avait pris un peu d’avance sur moi. Mais l’enthousiasme de mon hôte et la simplicité de sa compagne eurent vite raison de mes appréhensions.Une fois le sujet technique lancé, il devenait intarissable. Mais pas avec cette manière qu’ont certains de parler pour eux-mêmes. Il posait presque autant de questions qu’il formulait d’avis.  Après le repas, nous montâmes tous les trois, lui, son jeune fils et moi, au grenier aménagé en atelier de fabrication. Il faisait nuit depuis un moment. Sous la lumière crue des lampes, dans cette odeur de métal, de soudure légère et de chaleur d’ampoule, la petite pièce semblait exister à part, comme si les idées, les essais, les réussites et les échecs avaient fini par y déposer leur histoire. Les établis au centre portaient tant de marques, de brûlures, d’entailles et de limaille qu’on les aurait crus là depuis toujours. Des pièces minuscules dormaient dans des boîtes, des outils luisaient dans l’ombre, et l’ensemble avait ce désordre précis des lieux où l’on cherche beaucoup plus qu’on ne range. Il y avait là quelque chose de presque irréel, un air d’atelier d’inventeur où l’obstination aurait fini par fabriquer son propre décor. Mais ici, rien n’était décoratif.Il ne faisait pas du montage. Il fabriquait son outil dans son intégralité. Du cadre aux bobines, tout avait été imaginé, mis au point, puis façonné dans cette pièce.Il me proposa de retravailler l’une de mes machines et me donna rendez-vous le lendemain matin pour venir la récupérer. Je voyais bien, à la façon dont il faisait déjà tourner l’objet entre ses mains, que quelque chose avait commencé dans sa tête. Je n’étais déjà plus tout à fait là.Après une nuit passée dans un hôtel non loin de là, je revins récupérer le précieux outil et les remercier de leur générosité.Au moment où je m’apprêtais à partir, il s’arrêta dans le couloir. Depuis mon arrivée la veille, il m’avait parlé de machines, de réglages, de peau, de gestes. Pas comme quelqu’un qui récite ce qu’il sait. Plutôt comme un homme qui continue de vérifier chaque chose pendant qu’il la transmet.Sur un mur, une présentation de ses réalisations était accrochée. Il resta un instant devant. Il ne regardait pas ces images avec la satisfaction de celui qui contemple un travail terminé. Il avait plutôt l’air d’un homme qui n’en avait pas fini avec ce qu’il voyait.Puis il dit, presque pour lui-même :- Je me demande toujours ce que ça deviendra.Il n’ajouta rien.Ce silence, après deux jours d’explications précises, me frappa plus que le reste. Sur le fonctionnement des machines, il en savait bien plus que moi. Pourtant, ce savoir ne semblait pas l’avoir mis à l’abri du doute. Il gardait devant son propre travail une retenue que je ne m’attendais pas à trouver là.Je n’avais pas passé assez de temps avec lui pour savoir si c’était un trait profond de son caractère ou simplement une manière de rester honnête devant ce qu’il faisait. Mais j’y reconnus quelque chose d’essentiel : cette façon de ne pas faire de ses certitudes un refuge. Comme s’il savait qu’une certitude finit par étouffer la réflexion.Sur le chemin du retour une pensée m’accompagna: toute machine, même bien réglée, finit par rencontrer quelque chose qui lui résiste.

Chapitre 11 (1ère partie): Les limites de la machine

Chapitre 11 (1ère partie): Les limites de la machine

Deux ou trois ans plus tard, j’ouvrais chaque matin avec ce mélange de bonheur et de fierté qu’apporte un studio qui vit. Les journées commençaient tôt. Elles finissaient rarement avant vingt-deux heures. Les temps morts se faisaient rares. Le soir, la fatigue pesait davantage qu’avant. Il aurait fallu lever le pied.Je ne l’ai pas fait.D’abord, il y avait le client assis devant moi. Quelqu’un qui acceptait de remettre sa peau entre mes mains. Je ne pouvais pas me contenter du strict nécessaire. Quand je sentais qu’il fallait prendre un peu plus de temps pour faire les choses comme il fallait, je le prenais.Ensuite, parce que le tatouage faisait vibrer quelque chose en moi. Après presque quinze années de pratique, je guettais encore cette petite étincelle dans le regard du client quand il s’approchait du miroir à la fin de la séance.Et puis il y avait l’argent. L’après-crise de 2008 se faisait sentir. Ça se voyait dans la manière qu’avaient les gens de compter, d’hésiter, de discuter le prix parfois. Lever le pied n’aurait pas seulement voulu dire quelques heures de moins. Pour beaucoup de petits indépendants, l’équilibre se gagnait semaine après semaine.Tout cela me portait autant que cela m’abîmait.Sur le comptoir, les dessins n’étaient plus tout à fait les mêmes. Les projets arrivaient plus précis. Plus fins. Moins massifs. On n’en était pas encore à la vague du fine line, mais quelque chose avait déjà commencé. Les portfolios du studio servaient de moins en moins. Les références arrivaient d’ailleurs : des images vues sur écran, des modèles déjà retouchés, tout un imaginaire nourri aussi par des émissions comme Miami Ink. Le trait devait être plus net. Les détails plus nombreux. Le niveau demandé montait.J’aimais devoir aller chercher plus loin.Mais le corps payait sa part. Ce qui m’usait, c’était le nombre d’heures de tension sur quelques millimètres de peau vivante. Une surface qui vibre. Un corps qui bouge. Une personne qui parle, qui se crispe, qui a mal parfois au moment exact où la main doit rester régulière. La fatigue venait de cette vigilance prolongée, de ce contrôle qu’il fallait maintenir sans relâche.Mais je n’aurais pas voulu être ailleurs.Je voyais entrer des clients de tous les âges, souvent chargés des mêmes inquiétudes : la douleur, le résultat, l’hygiène. Et puis les questions plus embarrassées, presque enfantines. Qu’est-ce qu’en dira ma mère ? À quoi ça ressemblera quand je serai vieux ? L’envie de se faire tatouer gagnait du terrain, mais la méfiance, elle, n’avait pas entièrement disparu.La plupart du temps, quelques explications suffisaient. Les épaules redescendaient presque toujours.Presque.Ce matin-là, j’avais levé le volet avec cette envie intacte de commencer.Mon premier rendez-vous attendait déjà devant la porte. Un homme un peu nerveux.Son premier tatouage.Toutes les lumières n’étaient pas encore allumées quand il lâcha :- Si c’est mal fait, je vais te faire une réputation pourrie sur Facebook. Il avait dit ça avec un rire un peu forcé. Le genre de phrase qu’on habille en plaisanterie pour ne pas devoir l’assumer entièrement. J’en avais déjà croisé, des clients qui cherchaient à se rassurer en laissant flotter une petite menace dans l’air. Comme si cela pouvait m’obliger à mieux faire. Sur moi, cela n’avait jamais produit autre chose qu’un regard un peu amusé, assez pour désamorcer la manœuvre.Ces tentatives étaient rares, comme elles l’avaient toujours été. Ce qui changeait, c’était la nature de la menace. Pas à cause de lui. À cause du mot.Facebook.J’ai ressenti ce jour-là qu’une autre forme de pression entrait dans le métier. Quelque chose de plus rapide. De plus sale aussi. Plus besoin de hausser le ton ni de jouer au dur dans le face-à-face. Il suffisait désormais de menacer de salir votre nom en ligne. On était peut-être en train de passer de la menace du coup de boule à celle du bad buzz.Je continuais à travailler de la même manière, comme je l’avais toujours fait. Mais les journées se tendaient. Elles exigeaient plus. Et moi, comme souvent, je répondais en donnant davantage.À la fin de la séance, il s’était détendu. La phrase du matin n’existait déjà plus. Il regarda longtemps son tatouage, releva les yeux vers moi, me remercia, puis revint encore une fois au miroir avant de partir satisfait.Le client de l’après-midi, lui, n’avait aucune crainte. Il connaissait mon travail et se faisait toujours une joie de passer sous mes aiguilles. Pour lui, ce moment comptait autant pour le tatouage que pour la possibilité d’être seul face à quelqu’un qui l’écoutait.Chacune de ses visites prenait la forme d’un long monologue. Des heures à parler presque sans arrêt. Il lui arrivait même de continuer en allant au petit coin. Je tentais parfois de glisser un mot, un commentaire, mais je crois qu’il n’en avait pas vraiment besoin. Alors je lui servais surtout d’écho.À écouter ainsi toutes ces vies, j’ai eu la chance d’apprendre sur les autres autant que sur moi-même. Mais cela n’en allégeait pas pour autant la charge mentale.Au moment de fermer ce soir-là, quelque chose n’était pas comme d’habitude. Pas seulement la fatigue. Un vide plus profond. Comme si l’intérieur s’était creusé d’un coup.Je me mis en route à pied, comme chaque jour, avec une seule idée en tête : me poser. L’appartement que je louais n’était qu’à une vingtaine de minutes du studio. J’y arrivai, mangeai léger, puis m’installai un moment sur la terrasse pour profiter encore un peu de la douceur de ce mois de juin.Une petite heure plus tard, je me sentis mal.Je m’allongeai au sol.Mon thorax se soulevait par saccades. Sueur froide. Respiration lourde. Vertige. Mon cœur occupait tout. Il n’y avait plus que ça. Plus de soirée. Plus de terrasse. Rien que ce corps devenu brutalement impossible à ignorer.Mes jambes me portaient mal, mais je ne voulais pas rester là à subir. Je décidai de me rendre à l’hôpital le plus proche.Une fois la réception passée, il ne me resta plus qu’à espérer d’être pris en charge rapidement. Pour les médecins, la nuit suivait son cours. Après tout, ce qui est pour vous une inquiétude vitale n’est pour eux qu’une habitude banale.La salle d’attente avait cette ambiance particulière des lieux qui ne dorment jamais. La lumière n’était pas la seule à être artificielle. Le temps aussi.Je regardais les visages tendus des autres patients. Leur immobilité usait leurs craintes sur des sièges qui en avaient vu passer des centaines. Puis, par moments, des brancards traversaient la salle en trombe. Ils coupaient net ce temps figé, comme un train qu’on voit surgir et disparaître à toute vitesse depuis un passage à niveau.Toute mon attention s’était resserrée sur ma respiration. Peut-être pour apaiser la tempête. Peut-être pour négocier encore un peu avec ce corps qui menaçait de m’échapper.La blouse blanche qui m’ausculta semblait épuisée, et cela se comprenait : service après service, c’était toujours un peu de l’écume du monde qui venait s’échouer là.Je faisais partie de la vague du samedi soir.Après quelques examens, ce furent deux blouses blanches qui entrèrent dans le box. Je ne sais pas si la vue de ce renfort me rassura ou m’inquiéta davantage.- Là, votre cœur s’est emballé sur un trouble du rythme. Il faut que ça se calme, parce que s’il continue comme ça, ça devient problématique ; et si ça dure, ça peut provoquer un AVC. C’est étrange comme certains mots peuvent soudainement éclipser d’une phrase tous les autres.  AVC… !?- On va regarder votre cœur de plus près avec une sonde passée par la bouche. Il faut vérifier qu’il n’y a pas de caillot Caillot… !?À partir de là, tout changea.Je commençai, en silence, à marchander avec la suite. Je me fis intérieurement des promesses que je n’aurais jamais formulées la veille.Puis il y eut l’examen.Je garde le souvenir très précis de cette sonde passée par la gorge, sans anesthésie, et de cette pensée absurde que ce serait peut-être le manque d’air qui m’achèverait, pas mon cœur. Mon nez avait subi, quelques années plus tôt, suffisamment de coups pour obstruer durablement cet accès-là à l’oxygène. Peut-être que l’adrénaline y fut pour quelque chose. Peut-être pas. Toujours est-il que le rythme finit par se calmer.Pas de caillot. Rien qui justifie de me garder.Il ne fallut pas me le dire deux fois…Quand je rentrai enfin chez moi, il ne me restait que la fatigue froide qui suit les nuits où le corps vous a rappelé qu’il peut, à tout moment, reprendre la main.

Chapitre 10 (dernière partie) Confluence

Chapitre 10 (dernière partie) Confluence

Les mois qui ont suivi, les pages de l’agenda ont continué de se noircir, et avec elles passaient des vies que rien ne rapprochait.Un jour, ce fut une femme d’une quarantaine d’années, peut-être un peu plus.Elle s’assit, posa son sac sur le comptoir, inspira un grand coup et dit :- Je voudrais me faire tatouer le surnom de mon mari. Je hochai la tête. Rien de rare jusque-là. Je lui demandai simplement :- Quel est son surnom ? Elle baissa les yeux un instant, puis répondit :- Bouboule. Je restai immobile.- Pardon ? - Bouboule, répéta-t-elle avec un sérieux parfait. Mais pas parce qu’il est gros. Enfin, il l’a été un peu, mais ce n’est pas vraiment pour ça. C’est venu comme ça. Je lui demandai si elle voulait vraiment garder cela sur elle toute sa vie.- Écoutez, cela fait dix-sept ans que je l’appelle comme ça. Mes enfants aussi, parfois. Le chien a presque compris que c’était son nom. À ce stade, ce serait hypocrite de faire semblant de vivre avec un Patrick. Je lui demandai où elle voulait le faire. Elle remonta la manche et me montra l’intérieur du bras.- Là. - C’est visible. -  Oui. - Et si un jour vous divorcez ? Elle me regarda avec cette patience lasse que certaines femmes en couple depuis longtemps réservent aux objections inutiles.- Si un jour on divorce, ce ne sera pas à cause du tatouage. Et puis honnêtement, après dix-sept ans de mariage, s'il se barre, ce n’est pas ça que je vais rayer …c’est sa bagnole, dit-elle en riant.Je lui demandai si son mari était au courant.- Non. C’est pour notre anniversaire. Puis, après un silence, elle sourit et ajouta :- Il faut que je vous dise quelque chose. Ce n’est pas seulement pour rire. Il a eu un infarctus il y a deux ans. Bon, il s’en est sorti, mais... Elle leva les yeux au ciel avant de poursuivre : Il est juste devenu gris en disant qu’il ne se sentait pas très bien. Pendant des semaines après ça, je me suis surprise à le regarder dormir pour vérifier qu’il respirait encore. Et puis la vie a repris. Le travail, les courses, les enfants, les engueulades à la con. On oublie un peu. Heureusement en fait. Mais j’ai besoin de faire quelque chose de simple. Pas son prénom. Pas une date. Un truc plus vrai, vous voyez ce que je veux dire !Elle regarda de nouveau son bras.- Parce que même quand c’est compliqué, c’est ce mot-là qui reste. Je dessinai plusieurs versions. Une élégante. Elle dit non. Une discrète. Elle dit non. Une un peu plus travaillée. Elle fit la moue.Puis j’écrivis simplement Bouboule, en petits caractères sobres, sans effet.Elle posa un doigt dessus.- Voilà. C’est lui. Je ne demandai pas en quoi cette écriture, plus qu’une autre, ressemblait à cet homme. Elle l’avait reconnue. Cela suffisait.Le jour du tatouage, elle arriva avec dix minutes d’avance. Son mari devait venir la chercher après. Elle tenait à ce que la révélation se fasse au studio, parce qu’elle voulait, selon ses termes, un témoin neutre en cas de réaction imbécile.La séance fut brève. Elle supporta cela très bien, sauf au moment du dernier passage où elle me dit :- Vous vous rendez compte que si je meurs renversée par un bus demain, les médecins légistes vont croire que j’avais des goûts épouvantables. Je lui répondis qu’ils en auraient probablement vu d’autres.Une demi-heure plus tard, le mari entra.Un homme large d’épaules, au visage doux, avec l’air de quelqu’un qui avait depuis longtemps renoncé à comprendre la moitié de sa vie conjugale, sans pour autant avoir renoncé au reste.Elle lui dit :- J’ai un cadeau. Il crut d’abord à une blague. Elle remonta sa manche.Il lut.Il resta silencieux quelques secondes, puis rougit jusqu’aux oreilles.- Mais t’es complètement folle, dit-il enfin. - Tu n’aimes pas ? demanda-t-elle. Il secoua la tête, encore sous le choc.- Si, j’aime bien. Mais enfin… Bouboule… devant le monsieur… Le monsieur, en l’occurrence, c’était moi, désormais témoin involontaire du folklore conjugal.Elle se tourna vers lui, triomphante :- Tu vois ? Moi, au moins, j’assume. Il contempla encore le mot sur son bras, puis releva les yeux vers moi.- Je peux prendre rendez-vous aussi ? J’eus un instant l’image d’une réciprocité touchante.- Vous voudriez quoi ? - Casse-couilles. Elle lui envoya sur l’épaule une claque d’une précision qu’on ne voit que chez les vieux couples.Je levai les yeux au ciel, amusé.Eux riaient déjà. Pas d’un rire de façade. Un rire qui avait survécu au reste.Ils repartirent ensemble.Lui, un peu honteux d’avoir été exposé sous son pire surnom.Elle, ravie d’avoir mené son coup jusqu’au bout. *****   La porte ne donnait plus sur la même pièce.Pourtant, tout entrait.Le sel. Le sang.Je traçais des lignes dans un monde sans contours.Des terres étrangères.Un même charbon.

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  • Mercredi : Fermé
  • Jeudi : 13h00 à 18h00
  • Vendredi : 13h00 à 18h00
  • Samedi : 13h00 à 18h00
  • Dimanche : Fermé